Phoenix Wright : Ace Attorney : Spirit of Justice

Note : Certains noms cités ici ne suivent pas forcément à la lettre la traduction anglaise officielle du jeu. Cela fera l'objet d'une explication par la suite.

Avant d'entamer cette critique du très attendu sixième opus de la saga Ace Attorney, il est de mon devoir de faire une Objection ! à toutes les critiques déjà existantes dans le monde anglophone - Non, prendre Spirit of Justice en stand-alone est loin d'être une bonne idée. Le jeu a des ramifications qui s'entrecroisent et, clairement, le terme "clôture d'arc" n'est ici pas un vain mot. Car SoJ, non content de faire revenir les personnages de la licence les plus réclamés à corps et à cri par les fans de la licence va plus loin, et donne enfin à Apollo Justice une occasion de réellement briller.

Spirit of Justice est clairement le meilleur Ace Attorney conventionnel jamais créé. Si on y ajoute les spin-offs, il rivalise avec Ace Attorney Investigations 2, et j'irais même jusqu'à dire qu'il le dépasse en terme d'écriture. La mise en scène se révèle cependant beaucoup plus avare que ce que Dual Destinies nous offrait en 2013, et le gameplay, inégal, empêche de donner à cet opus le titre de meilleur Ace Attorney, laissant AAI2 grand gagnant. Ajoutons à cela que certaines phases d'enquête traînent inutilement en longueur. Et pourtant, Spirit of Justice a à sa disposition les meilleures affaires de la série entière, dépassant vous vous en doutez de loin Turnabout Reclaimed, qui était jusque-là à mon sens la meilleure affaire jamais écrite.

Pour faire la critique la plus objective de ce jeu, il va donc me falloir en disséquer chaque détail, sans pour autant me laisser aller à en spoiler le contenu. N'oubliez pas : Ace-Attorney.info vous recommande chaudement de ne pas toucher à ce jeu avant d'avoir au préalable terminé tous les Ace Attorney conventionnels précédents, dans l'ordre si possible.

Résumons un peu la situation : Le pays de Kurain est un petit pays asiatique fictif, duquel descendent directement les habitants du village de Kurain, lieu majeur de la trilogie Phoenix Wright. Phoenix s'y rend dans l'espoir d'y retrouver son ex-assistante Maya Fey, mais, quelques heures à peine après être descendu de l'avion, se trouve pris dans une nouvelle affaire de meurtre, le frère de Victor Boulay (qui d'autre ?) à la barre de l'accusation. Problème : Dans le pays de Kurain, une loi ignoble force les avocats à subir le même châtiment que leurs clients.

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Dommage, il ne semble pas que le running-gag ait été conservé autrement que sous cette forme

Dans le même temps, l'agence à tout faire Wright doit faire face à une situation sans précédent, qui implique la Troupe Grimoire, et l'éventualité de perdre purement et simplement le bureau. Face à eux se tient un procureur international, Nayuta Sadmadhi, qui se trouve être originaire de Kurain. A ses côtés, Ema Skye, qui a enfin obtenu le poste qu'elle convoitait depuis sa jeunesse.

Ayant déjà parlé en long et en large de la magnificence du scénario du jeu, il me semble intéressant de revenir sur son procureur, Nayuta. Créer un procureur est, on s'en rend bien compte, un exercice pour le moins difficile. Les procureurs se doivent d'être de formidables adversaires, faute de quoi, à l'image de Konrad Gavin, ils seront condamnés à être mal-aimés du public. Il ne faut pas non plus qu'ils soient trop de fois confrontés à la défaite. Comme le disait Takumi dans l'une de ses nombreuses interviews, un procureur censé "avoir un record de victoires parfait" ne peut décemment pas faire trop souvent son retour - et c'est pourquoi les retours de Benjamin Hunter, du moins dans la trilogie Phoenix Wright, n'ont jamais été une seule fois pour lui l'occasion de perdre une affaire.

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On ne peut pas dire que, jusque-là, un seul procureur ait véritablement attiré ma sympathie. Benjamin Hunter a fini par m'énerver au bout d'un moment - principalement, il est vrai, à cause du thème Great Revival utilisé à tort et à travers à chaque fois qu'il apparaît dans une affaire ; ce problème revient dans les AAI avec Franziska. Franziska pour sa part est d'ailleurs tout simplement pénible, et n'a pas la chance de briller dans des affaires notables (quoique), et si Godot sauve assez la trilogie Phoenix Wright, il a à mon sens une fanbase tout à fait exagérée.

Bien que le personnage soit loin d'être populaire, j'ai apprécié Konrad Gavin en son temps. Son retour dans Dual Destinies, bien que relativement court, était également bien amené.

Maintenant, parlons un peu de Blackquill, le procureur en titre de Dual Destinies... Je ne l'aime pas. Voilà. Tout comme certains l'aiment, je le trouve pour ma part absolument imbuvable, et le voir revenir en tant que procureur pour ne serait-ce qu'une seule affaire d'AA6 ne m'aurait sincèrement pas plu - heureusement, c'est évité, et le rôle qu'il tient, bien que court, se révèle honorable. Je ne l'aime pas davantage pour autant.

Ce qui m'amène, enfin, à Nayuta : Pour ma part, Nayuta est le meilleur procureur jamais introduit dans un seul opus de la série Ace Attorney, donnant au jeu un formidable cachet supplémentaire. Ajoutons à cela que malgré ses inévitables défaites lors des procès du jeu, Nayuta ne perd absolument pas de sa superbe.

Revenons sur le gameplay.

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Les choix multiples de cet opus sont particulièrement savoureux

Pour être honnête, le gameplay est en dents-de-scie. Les mécanismes de mood matrix introduits dans Dual Destinies sont toujours aussi efficaces que dans l'opus précédent, mais ne font plus l'objet d'autant de variations dans le gameplay. L'unique affaire nous permettant d'incarner Athena reste néanmoins un bon moment pour voir ce pan du jeu à l'oeuvre.

Verrous-psychés et tics nerveux font leur retour, en quantité bien mieux dosée que ce qui avait été fait pour Dual Destinies, bien que les verrous soient légèrement moins nombreux. Dans l'ensemble, on apprécie !

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La revisualisation est toujours de la partie, et les réponses sont à peu près aussi cocasses que celles des choix multiples

Ce qui est pénible, ce sont les minis-jeux d'enquête scientifique. Trois mécanismes font leur retour : L'observation de preuves en 3D, le relevage d'empreintes, et le spray de luminol.

Disons-le clairement, l'observation de preuves est devenue encore plus fainéante que dans Dual Destinies. Il est loin le temps où quasiment toutes les preuves faisaient l'objet d'une modélisation 3D ! Pourtant, on n'était que sur DS, et maintenant que le jeu entier est en 3D, je ne parviens pas à comprendre la logique de ne pas retenir cela ! Bref, aucune chance de connaître les numéros de badges d'Athena et de Phoenix.

Les deux autres minis-jeux... Sont juste chiants. Il n'y a malheureusement pas d'autre mot. Retourner une énorme preuve en 3D dans tous les sens pour y appliquer de la poudre à empreinte, disponible en quantité limitée... Franchement... Pourquoi partir dans le réalisme à outrance, quand Phoenix Wright 1 et Apollo Justice nous donnaient des minis-jeux bien plus maniables et agréables ?

Quant au luminol, il se révèle moins pratique d'utilisation que lors de son court retour dans Dual Destinies. C'est dommage, cela dit ce mini-jeu là est particulièrement anecdotique, donc rien de vraiment gênant.

La grande nouveauté du jeu, c'est le miroir de l'âme, qui permet de voir les derniers souvenirs de la victime. Il tiendra ensuite à vous de détecter les incohérences entre lesdits souvenirs et les propos de la prêtresse qui les interprète. Sur le papier, l'idée est bonne. Dans les faits, ce contre-interrogatoire vidéo souffre d'un manque de précision volontaire, et expliqué par la possibilité d'affiner la vision lorsque quelque chose semble poser problème. Et c'est là le plus gros problème : Trouver une incohérence dans quatre objets identiques totalement floutés se révèle par moments particulièrement ardu.

wvw69jneg94jgwhgh1Godot #102 ?

... Cela dit, c'est aussi une force du jeu : Par rapport à certains opus précédents, Spirit of Justice gagne en difficulté, et si vous cherchez un challenge, c'est peut-être bien ce jeu-là qui vous l'apportera.

A me lire, vous vous demandez probablement ce que ça donne en jeu - Rassurez-vous, les points soulignés plus hauts sont loin de souligner d'énormes défauts. Les procès, passionnants, sont soutenus par des phases d'enquête où l'enquête libre, grande absente de Dual Destinies, fait son retour. Et sachez-le bien, c'est un réel plaisir d'arpenter les différents lieux en quête de la référence bien planquée aux opus précédents, tout comme présenter son badge d'avocat à tout bout de champ n'a jamais entraîné de réponses aussi épiques !

Pour en revenir aux procès, on assiste au retour du système de vies à cinq points. On pourrait se demander pourquoi ce choix, mais il s'avère d'autant plus bienvenu que les pénalités graves sont conservées, et que cela permet d'offrir des variantes supplémentaires de graphismes entre les deux différents tribunaux mis en scène par le jeu.

La mise en scène, justement, comme dit plus tôt, est relativement avare. Ce n'est pas forcément un mal, puisque comme vous le savez, la mise en scène des opus sortis sur GBA et DS était quasiment inexistante. Il est cependant dommage que les mouvements de caméra dynamiques aient été réduits au minimum par rapport à DD, pour laisser place à davantage de cinématiques en 3D, d'autant plus que le nombre de cinématiques, par rapport au premier jeu sans son DLC, a été drastiquement réduit, tant en nombre qu'en quantité. Il n'y a cette fois que 12 cinématiques à se mettre sous la dent, contre une vingtaine dans Dual Destinies. Il aurait peut-être fallu travailler sur le jeu plutôt que sur un prologue animé hors-sujet disponible sur Youtube (car clairement, l'agression subie par Maya dans cette cinématique n'arrive pas dans le jeu), n'est-ce pas A-1 Pictures ? Quel dommage. Après avoir déshonoré la licence via son horrible dessin animé, A-1 frappe encore avec des cinématiques certes de bien meilleure qualité - les revoir reste d'ailleurs un plaisir - mais scandaleusement courtes, et ce n'est pas la danse en 3D de Rayfa, qui a lieu un nombre incalculable de fois - et qui d'entrée peut se sauter avec Start - qui va y changer quoique ce soit. Par ailleurs, les voix américaines ne tiennent absolument pas la comparaison avec la VO. Scandaleux, alors que le business du doublage est particulièrement important aux États-Unis.

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On appréciera en revanche les sous-titres, activables et désactivables à volonté, tout comme on appréciera le menu Options qui vous permettra de choisir si vous souhaitez pouvoir accélérer le texte à volonté, ou au contraire avoir les mêmes limites que dans les premiers jeux de la série.

On appréciera aussi la clarté du jeu, tellement beau que Dual Destinies paraît honnêtement fade en comparaison. Le jeu est beau, c'est un fait, et ne peut absolument pas être pris en défaut à ce niveau-là.

La musique est, comme le gameplay, en dents-de-scie. La grande majorité des nouvelles musiques est superbe, Iwadare produisant comme à son habitude de somptueux chefs-d'oeuvres. Les remix de thèmes déjà existants sont également de très bonne facture, mais il est dommage que les thèmes d'objection des personnages soient définitivement fixés et que l'équipe musicale préfère se reposer sur ses acquis plutôt que de proposer de nouveaux thèmes. C'est d'autant plus dommage que depuis AA5, le thème d'objection de Phoenix n'est guère qu'un remix de celui de AA3. Allons Iwadare, on est sur une autre trilogie, tu pourrais au moins faire cet effort !

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La seule réelle fausse note, c'est la musique des témoignages, globalement beaucoup plus lancinante et répétitive que la plupart de ses prédécesseurs - à l'exception de Justice For All, l'Ace Attorney par excellence où 2/3 des nouvelles musiques déçoivent.

Tout cela étant couvert, parlons enfin de la traduction, assurée comme toujours par Janet Hsu et son équipe. Le jeu, vous vous en doutez, n'est donc qu'en anglais, en dématérialisé sur l'eshop. Si vous souhaitez bénéficier d'une cartouche, il vous faudra probablement acheter la cartouche japonaise.

Petite note positive, le bug qui parfois effaçait les messages du log de Dual Destinies est de l'histoire ancienne !

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Concernant la traduction en elle-même, elle est mauvaise. Capcom imposant des deadlines impossibles à tenir, la réflexion autour du jeu n'aboutit pas à quelque chose de bien concluant. Plus encore que dans Dual Destinies, les coquilles et répétitions de mots sont légion (combien de fois n'ai-je pas entraperçu un "the the" ?). Les choix de traduction des noms propres sont tout simplement complètement débiles ! Tous les noms liés à Kurain sont encombrés de "H" et d'apostrophes ! Si le nom de Nayuta n'a pas été traduit du japonais - une première pour la série -, il s'écrit littéralement Nahyuta Sahdmadhi ! Le pays de Kurain ne s'appelle plus ainsi, mais porte le nom Khura'in, ce qui est non seulement impossible à retenir, mais en plus complètement stupide, puisque dans la VO, le village et le pays portent volontairement le même nom ! Quant aux jeux de mots liés aux noms propres de nouveaux personnages... Bon. Pees'lubn Andistan'dhin. Je crois que ce nom à lui seul résume le malaise constant qu'on éprouve devant cette horrible traduction.

Là normalement, certains me diront "Mais tu voulais quoi, que le jeu ne sorte pas du Japon tout court ??" Dans ces conditions... Je crois que ça aurait été mieux oui. Contrairement à Dai Gyakuten Saiban le mal-aimé qui n'a quasiment aucun support, il ne fait aucun doute qu'une team internationale se serait créée et nous aurait proposé une bien meilleure traduction que ce crachat à 44 putains d'euros en comptant les DLC. Dans l'état actuel des choses, cette version est hélas la meilleure façon pour nous tous de jouer au jeu. Passant outre son affreuse traduction, AA6 reste une valeur sûre, doublée d'une clôture de trilogie incroyable. Une fois encore je ne peux que vous décourager d'y jouer si vous n'avez pas fait les opus précédents - Mais si vous les avez faits, foncez, foncez. Vous resterez probablement sans voix.

Oh et, en dehors du prologue animé et des trailers déjà subbés par aainfo, évitez comme la peste toute comm autour de ce jeu, sauf si vous voulez savoir d'avance le plus grand twist de la première moitié de l'affaire 5.

Dernier point, parlons politique de prix et DLC.

Contrairement au jeu précédent, où dans l'ensemble les prix étaient corrects, il est scandaleux de devoir larguer 14 euros pour des dlc qui, au Japon, ont tous été gratuits à un moment ou à un autre. D'un autre côté, pouvoir choper les DLC qui étaient à l'origine réservés aux personnes ayant précommandé le jeu dans des magasins spécifiques (ceci est de base d'une bêtise sidérante quoiqu'il en soit)  rattrape un peu l'absence de version physique.

Les costumes en DLC ont gracieusement été offerts pendant une semaine, ce qui est clairement insuffisant en comparaison des deux pleines semaines où ceux de Dual Destinies étaient donnés. Il est enfin dommage qu'il n'y ait pas eu d'effort de fait pour modéliser les costumes DLC de DD et les rendre disponibles dans le jeu pour les gens les ayant achetés. Bien sûr, la technique a évolué et ce n'est plus le même moteur de jeu ; cela dit je reste certain que ça n'aurait pas été bien compliqué de donner cette possibilité.

Malgré une localisation à la ramasse, Spirit of Justice fait plus que remplir son contrat. Le contenu est exceptionnel, à l'image de la durée de vie époustouflante du titre. Chaque affaire est un pur et simple feu d'artifice, de la première à la dernière. Le jeu est avant tout servi par un scénario sans faille qui prend des libertés jamais vues jusque-là, tant dans son déroulement que dans ses évènements, des retours de personnages pour une fois totalement justifiés sans aucune exception, et de nouveaux personnages formidables. Le jeu met un formidable point final à l'histoire d'Apollo Justice, tout en y mêlant avec un talent incroyable l'univers mystique de la trilogie Phoenix Wright. Le jeu n'a finalement qu'un véritable défaut : Avec un tel final, il est difficile d'imaginer comment Capcom pourrait encore proposer un Ace Attorney plus surprenant.

Pensant avoir couvert l'ensemble du jeu en évitant toute forme de spoiler (ce qui vous prive d'un texte trois fois plus long), je vous donne rendez-vous pour la review des trois DLC supplémentaires du jeu - incluant le très attendu retour de Paul Defès !

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