Phoenix Wright : Anecdotes méconnues

Janet Hsu, décidément très prolifique sur son blog, a fait ces derniers mois un grand nombre d’articles consacrés à Shu Takumi. Le dernier, particulièrement intéressant, est l’occasion d’apprendre de savoureuses anecdotes sur la série, incluant des anecdotes liées aux localisations anglophones.
À noter que les anecdotes ci-dessous spoilent bien entendu l’ensemble de la trilogie d’origine.

Phoenix Wright : Ace Attorney

– Le secret de la simplicité du game design d’Ace Attorney réside dans le fait que Takumi voulait faire des jeux suffisamment accessibles pour que même sa mère non-gameuse puisse y jouer.

– En écrivant un AA, Takumi suit un ordre d’importance pour les affaires. La plus importante est toujours la première, suivie de la seconde, puis la dernière. On pourrait se demander pourquoi la première et la seconde sont si importantes, ce à quoi Takumi répond que c’est parce que le rôle de la première affaire est de faire aimer le jeu au joueur, puis que la seconde doit solidifier l’intérêt envers le jeu.

– La première version Japonaise de AA1 n’avait que quatre affaires. La cinquième, Phoenix renaît de ses cendres, a été ajoutée quatre ans plus tard lorsque le jeu a été porté sur la Nintendo DS. En créant l’épisode 5, Takumi voulait faire en sorte qu’il fasse la liaison avec la disparition de Hunter dans Justice for All, donc il s’est demandé « Qu’est-ce qui pourrait être le plus terrible pour la psyché d’Hunter ? » Ainsi, malgré l’aspect sérieux d’un sujet tel que la corruption dans la police, il s’est dit que la corruption et la trahison venues du bureau du procureur étaient la solution.

– Le procès d’école de l’affaire 4 est basé sur quelque chose qui est vraiment arrivé à Takumi étant petit. Voilà ce qu’il avait à dire dans son blog de développement du premier jeu :

Je jouais dans la cour de l’école quand j’ai trouvé une petite tirelire cochon du côté des poubelles. Dedans, il n’y avait qu’une pièce de 5 yen. Sans y penser, j’ai mis la pièce dans ma poche.
Le lendemain, j’ai été forcé par un instituteur que je ne connaissais pas à me tenir devant une fille que je ne connaissais pas dans une salle que je ne connaissais pas. L’instituteur s’est tourné vers moi et a grondé : « Voler, c’est mal ! Maintenant, présente tes excuses ! »
Apparemment, la tirelire avait été volée et quelqu’un m’avait vu la trouver du côté des poubelles… En tout cas c’est ce que j’ai cru comprendre par la suite.

Non, ce n’était pas moi ! Je n’ai fait que la trouver !
Mes pensées étaient vides. Je ne savais pas quoi faire.

« Dépêche-toi de demander pardon ! » a insisté le professeur hystériquement, tandis que tout le monde dans cette salle inconnue me fixaient de façon glaciale.
« … Je suis désolé. » Les larmes coulaient sur mes joues tandis que je me penchais et présentais mes excuses encore et encore. Tout ça pour une stupide pièce de 5 yen.
Comme il n’y avait pas de Benjamin Hunter pour moi ce jour-là, je ne suis jamais devenu avocat. À la place, j’ai pu utiliser cet incident pour écrire une histoire bien plus grosse, donc je suppose qu’au final les choses se sont bien arrangées.

– On peut estimer que le protagoniste principal de Phoenix Wright 1 est Hunter parce que, d’une certaine façon, « la Volte-Face du Samouraï existe principalement pour Hunter », a dit Takumi sur son blog. « Ensuite, avec le thème de l’affaire suivante qui est le renouement de l’amitié, j’ai essayé de montrer l’image d’un lien intense d’amitié que deux hommes peuvent partager, mais je me demande si c’est ce que les gens ont compris ? Il semble que certains suggèrent que le lien entre Phoenix et Hunter est plus passionné qu’intense, en quelque sorte… »

– L’affaire 3 aurait d’abord dû avoir un antagoniste masculin, jusqu’à ce que le chara-designer, Mme Kumiko Suekane, fasse remarquer que tous les méchants étaient des hommes, ce à quoi Takumi a répondu ironiquement dans son blog que « si ça avait été l’Amérique, on se serait fait poursuivre pour discrimination des genres. » En gardant en tête que c’était le Japon d’il y a plus de 10 ans et que les mentalités ont changé depuis, il y a eu des débats entre les membres du staff pour savoir quoi faire de ce personnage nouvellement féminin. Certains ont dit que ce serait bizarre qu’une femme soit directrice pour un show d’actions, tandis que d’autres se demandaient ce qu’ils pourraient faire du rôle du directeur dans l’histoire si elle ne pouvait pas le remplir. Takumi a promu l’écrivain au rang de director, et n’est allé jusqu’au bout de sa démarche que lorsqu’il a transformé le coupable en productrice « forte, glamour, fashion et forte tête ».

– Maya a toujours été la partenaire de Phoenix, mais à l’origine elle aurait dû être une apprentie avocate qui se préparait à l’examen du barreau.

– Takumi dit qu’il n’a quasiment pas écrit de background pour Tektiv au moment de commencer l’écriture. À la place, la personnalité de Tektiv et certains aspects de son personnage semblaient simplement à leur place à partir du moment où Takumi a décidé de lui attribuer les mots « mon gars » à la fin de ses phrases, tandis que d’autres aspects ont grandi avec l’histoire. Par exemple, Takumi écrivait une scène, lorsque soudain Hunter a crié « Je réduis ton salaire ! », ainsi cet aspect de Tektiv est né.

– Vous êtes vous déjà demandé pourquoi Tektiv avait un crayon rouge derrière son oreille gauche ? C’est un reste de quand il était prévu qu’il soit fan de courses de chevaux.

– Paul Defès aurait dû être un simple travailleur et n’apparaître que dans l’affaire 4, mais comme son rôle a été modifié par la suite pour qu’il soit dans l’affaire 1, son personnage a connu beaucoup de changements avant d’être le Paul que nous connaissons aujourd’hui.

– Les trois médailles de Lana Skye sont la preuve de ses trois titres en tant que « Procureur de l’année ».

– Alex Marshall est parallèle avec Godot dans l’analogie « Soeurs Fey/Soeurs Skye ».

– Les cactus d’Alex ont tous des noms comme “Billy”, “Bogey”, ou “Marilyn”.

– Les yeux d’Angélique Starr changent de couleur du noir au bleu quand elle change d’humeur. Le directeur artistique de « Phoenix renaît de ses cendres », Kazuya Nuri, a dit que c’était des lentilles de contact qui leur faisaient prendre la couleur bleue.

Phoenix Wright Ace Attorney : Justice For All

– Il n’y avait pas le juge dans la scène d’intro originelle du jeu. En fait, ça aurait dû être un démon. D’après les storyboards de Takumi, apparemment, il jouait à Devil May Cry 1 à l’époque et a été stupéfait de voir à quel point la cinématique d’introduction était géniale.

fbb963c8f394da2f9ea4971fffb17ba5– Pearl aurait dû avoir le même âge que Maya et être sa rivale d’un épisode, mais à la suggestion d’un designer qui a dit que ce serait plus dramatique si Pearl était beaucoup plus jeune, Takumi a fait ressortir sa petite fille intérieure et a tenté d’écrire Pearl en tant que petite fille de 8 ans. À sa grande surprise, il l’a trouvée si adorable qu’il l’a inclus dans plus qu’un seul volet.

– L’affaire 3 contient deux éléments que Takumi voulait vraiment inclure : Le cirque et la magie (particulièrement parce que la magie est l’un de ses hobbies). Elle contient également deux thèmes qu’il voulait explorer : La difficulté de rassembler des gens ensemble pour faire une équipe cohésive, et une personne qui fait de son mieux pour que l’ensemble fonctionne. Le premier thème est exploré dans la façon dont toute la troupe du cirque se rassemble à la fin, le second est reflété par Frisé le clown. Takumi a dit qu’il se sentait triste et pleurait parfois lorsqu’il écrivait, en pensant à comment Frisé continuait d’essayer malgré les échecs de ses horribles blagues et des gadgets qu’il conservait dans sa chambre pour regrouper la troupe ensemble.

– Il y a au moins trois versions de l’affaire 4 pour deux grandes raisons :
1) La popularité d’Hunter et 2) Le manque d’espace sur la cartouche. Takumi avait écrit une première version de l’affaire 4 dans son cahier pour les prototypes, mais ce n’est que lorsqu’elle est entrée en production que l’équipe a réalisé à quel point Hunter était devenu populaire. Pensant qu’il faudrait utiliser Hunter de façon plus raisonnée, il a créé Franziska pour éviter que le soi-disant « prodige » perde affaire après affaire, et pour le garder pour la fin.

– Les idées pour un mystérieux épisode 5 qui n’a pas pu être inclus dans JFA à cause du manque d’espace sur la cartouche ont été conservées pour le troisième volet. Ce qui aurait dû être l’affaire finale de JFA a fini par être l’affaire 3 de Trials and Tribulations. Vous pouvez d’ailleurs voir que l’un des pigeons du Square Vitamine est blanc. Ce pigeon blanc, ou devrait-on plutôt dire cette colombe, doit vous faire vous demander : « Est-ce que cet oiseau ne se serait pas échappé d’un certain magicien ? »

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Phoenix Wright Ace Attorney : Trials and Tribulations

– T&T était rempli d’idées qui ont dû être supprimées pour des raisons de mémoire. L’une d’entre elle était le jeune Tektiv. Aux côtés des jeunes Mia, Phoenix et Hunter, il devait y avoir un jeune Tektiv propre sur lui, avec une cravate correctement nouée et un seul épis sur sa tête. Au final il a juste eu un nouvel imper, mais même juste cela a suffi pour créer un impact visuel suffisant.

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– Suite à une erreur de calcul, l’équipe a dû réduire la taille de Bikini pour économiser de la mémoire.

– Eïchouette aurait dû apparaître dans le jeu, mais a été supprimée à cause des problèmes de mémoire. Cependant, il s’est trouvé qu’il y avait juste assez de mémoire pour qu’elle revienne faire un caméo à la toute fin, donc elle a été calée là. Takumi voulait lui donner un aspect bronzé parce qu’elle revenait de vacances à Hawaï, mais ils n’ont pas réussi à intégrer cet aspect.

– Comme la posture du « pouce levé » de Paul Defès était faite avec sa main gauche, il est officiellement devenu gaucher lorsque l’équipe a mis un pinceau dans cette même main.

– Rosenberg a subi un changement de couleur de costume uniquement parce que son costume d’origine jurait trop avec les couleurs brunes du tribunal, donc on lui a donné un costume rouge pour qu’il se démarque un peu plus. (Pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, les écrans de Game Boy Advance n’étaient pas rétro-éclairés, et le rétro-éclairage n’est venu qu’avec la GBASP, donc c’était parfois difficile de faire ressortir les choses si le contraste était trop faible)

– Takumi a admis avoir donné des hémorroïdes à Rosenberg sur un coup de tête. Il a dit que s’il avait écrit le personnage un autre jour, il aurait tout aussi bien pu ne pas lui donner cette excentricité.

– Godot devait originellement boire du whisky bourbon pour aller avec son image bouillante, mais l’équipe s’est rendue compte que cela aurait pu avoir une mauvaise influence sur les enfants, donc ils ont remplacé sa boisson par du café.

Anecdotes de localisation

– Le surnom de Dahlia Hawthorne est une référence à la traduction des fans du jeu GBA, et Janet se réjouit que certaines personnes aient noté la connexion entre Dolly et Dollie. Concernant son nom complet, le prénom est une référence à un album du groupe X-Japan. Hawthorne fait référence à « Rappaccini’s Daughter », ouvrage écrit par Nathaniel Hawthorne et publié en 1844. Pearl est une référence à un autre travail du même auteur, « The Scarlet Letter ».

– Les premières idées de noms pour Diego Armando incluaient Joseph Cuppa, Xavier Barstucks et William Havamug.

– Jean Armstrong (Luigi Labocca) n’est pas réellement français, ni dans la version Japonaise, ni dans la version Anglaise. C’est la raison pour laquelle Trés bien est mal orthographié, et c’est aussi pour cela qu’il s’exprime dans un français atroce.

– En parlant de ce personnage, il est important de clarifier quelques mésinterprétations concernant son genre et sa sexualité. Avant toute chose, il est important de garder en tête que les attitudes sociétales et définitions changent avec le temps et que la version originale Japonaise a été faite il y a plus de dix ans. De plus, la conception du genre et de la sexualité au Japon ne sont PAS calquées sur les conceptions occidentales, pour de vastes raisons de religions, cultures et influences historiques.

Dans la VO, Armstrong est un personnage typiquement « okama ». À l’époque, ce terme était généralement utilisé pour désigner les personnes efféminés, et était utilisé depuis l’ère Edo. Même si cela impliquait généralement que la personne était homosexuelle, ce mot était également utilisé pour désigner tout homme agissant ou s’exprimant comme une femme, peu importe leur genre ou sexualité, incluant les femmes transsexuelles. De nos jours, un peu comme le mot « pédé » en occident, « okama » est considéré dénigrant et discriminatoire, même si certaines personnes continuent de se donner l’appellation « okama ». Depuis que le mot anglais « gay » a été adopté, il est culturellement plus acceptable d’utiliser le terme “gei” (ゲイ) pour évoquer des hommes gay, voire d’utiliser le terme plus formel “douseiaisha” (同性愛者, littéralement « personne qui aime le même sexe »)

Dans ces circonstances, cela voulait dire que pour la localisation, il fallait prendre un concept un peu vague et différent du « gay » et le localiser de façon compréhensible pour un public occidental. Avec l’aide de toutes les informations concernant le personnage dans le jeu, la réponse était que c’était un homme gay avec une personnalité de drag queen… Pour faire plus simple, pensez à Conchita Wurst. L’aspect drag queen de Jean est tout ce que l’on verra de lui pendant la partie enquête, mais dans le tribunal, il s’identifie comme étant un homme lorsque le juge lui demande son genre. Malheureusement, en 2007, la compréhension du public du genre et de la sexualité n’était pas aussi informée et nuancée qu’elle ne l’est maintenant, donc Jean a dû causer pas mal de problèmes pour la version anglaise, mais on peut espérer que ce paragraphe ait pu clarifier certaines choses.

Concernant la façon dont les personnages parlent à Jean, Janet estime que cela aurait été mieux s’ils avaient utilisé des pronoms féminins par respect pour sa personnalité de drag queen une fois qu’ils s’en sont rendu compte, mais, sans parler du fait qu’on ne peut pas ajouter de boîtes de texte supplémentaires, cela aurait été trop sujet à controverses et difficile à expliquer dans le jeu à l’époque. De plus, puisqu’on n’a pas donné de nom distinct à sa personnalité drag queen, cela aurait été encore plus confus si les personnages avaient dû parler d’un côté avec la maid Jean, et de l’autre le témoin légal M. Jean Armstrong. Cela dit Janet sent que la société fait des progrès, comme le fait d’appeler les gens par le pronom qu’ils préfèrent, donc elle espère ne plus avoir à donner ce type d’explication dans l’avenir.

Ajoutons à cela qu’étant donné comment le personnage est, il s’intègre très bien dans le thème général du jeu, qui est que « tout n’est pas toujours ce que l’on peut voir à la surface ».

Et en parlant de gens qui ne sont pas ce que l’on croit voici une anecdote bonus : Konrad Gavin n’est pas Allemand, mais il a étudié un temps en Allemagne. On a essayé de laisser un indice à ce sujet avec Phoenix qui note que son accent est « affecté », mais finalement, cet indice était trop subtil.

– Quand Janet a pris en charge la localisation du second opus, l’un des principaux soucis a été de savoir quoi faire du village natal de Maya et de toutes les mysticités qui entourent le clan Fey. À l’époque, elle s’est créée un univers pour elle-même – qui est par définition devenu l’univers de la série localisée : Alors que « Gyakuten Saiban » prend place au Japon, la ville de Los Angeles dans laquelle se déroule l’action des « Ace Attorney » prend place dans une réalité alternative où les sentiments anti-Japonais et où les lois contre l’immigration n’existent pas, ce qui a permis à la culture Japonaise de s’épanouir et de se mêler aux cultures locales de la même façon que n’importe quelle culture d’immigrés.
Sans parler de budget ou de contraintes de temps, cela a à peu près dicté ce qu’il faudrait laisser en Japonais et ce qu’il faudrait localiser. Par exemple, tout ce qui est lié au clan Fey ou à la technique de channeling Kurain est à peu près garanti de rester tel quel parce que c’est son héritage Japonais, tandis que la nourriture Japonaise peu connue dans l’occident sera probablement localisée dans l’intérêt de conserver un jeu qui ne nécessite pas 50 pages d’explications.

– Le frère du juge est Canadien parce que le directeur de la localisation, Andrew Alfonso, qui a aidé à éditer le troisième opus, était Canadien lui-même et voulait montrer sa fierté Canadienne.

– La catchphrase de Luke Atmey (Matt Moissat) aurait dû à un moment donné de la traduction être « Schwing », mais a été changée pour « Zvarri » parce que cela faisait plus catchy et excentrique, comme Atmey lui-même, et que c’était plus drôle à dire. Le nom lui-même ne veut rien dire dans aucune langue, mais ressemble énormément au mot Japonais utilisé par Atmey. Le mot japonais “zuvari” (ズヴァリ) n’est pas non plus un vrai mot, mais se base sur “zubari” (ズバリ, littéralement « décisivement »), qui est souvent utilisée par les publicités Japonaises en catchphrase/effet sonore de la même façon que par exemple « BAM ! », comme par exemple : « Et le prix de ce produit est seulement de… BAM ! 9$99 ! »

– En bonus, les diverses polices d’écriture envisagées pour le sweat-shirt du jeune Phoenix :

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